Association Rimbaud
    
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Association de Lyon pour les jeunes gays, lesbiennes, bi et trans


Ma Bohème

Je m’en allais les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot soudain devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal ;
Oh ! La la ! Que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques,
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Arthur Rimbaud


Ecrit à l’âge de 16 ans, ce poème évoque une fugue de Rimbaud qui, épris de liberté, voulait se soustraire à un milieu étouffant et conformiste.

Quand on lit ce poème nous sommes bien sûr frappés par l’insouciance et la soif de liberté de ce jeune homme. Cependant, nous serions bien naïfs si nous nous refusions d’y voir aussi l’inquiétude et la souffrance qui étaient celles de Rimbaud. Fuir pour lui était devenu inévitable.

Il n’est jamais facile de se sauver d’un lieu, de quitter sa demeure, sa famille, ses amis. Ceux-là même qui plaisantaient avec des choses qui nous faisaient plus mal que rire. C’est toujours contraint et forcé que l’on quitte le domicile familial, comme par la force des choses, comme par nécessité, rarement par choix, souvent à cause du rejet des siens.
Ce rejet, qui prend pour raison la différence d’un enfant dont on a fantasmé la vie et qui se révèle être en dichotomie avec cela, peut avoir des conséquences tragiques. Car, s'il est simple de quitter un lieu, il est impossible de quitter son corps, ce même corps qui peut être une prison plus étouffante encore que sa maison. Ce corps qui est le notre, on doit l’affronter, enfin l’accepter si on en a la force.
Dans une situation instable, le suicide de ces jeunes est fréquent.

À l’association Rimbaud, nous refusons de les laisser avec leurs souffrances, leur silence et leurs doutes.
Bien sûr, nous n’avons peut être pas la réponse mais nous pensons avoir une partie de la solution.